Tant pis pour elle…

Quand j’étais ado, avec mes cousins, mes amis, on adorait se raconter des histoires à se faire dresser les cheveux sur la tête. Ce court récit est l’une d’entre elles et je crois bien que c’est celle qui m’impressionnait le plus, car elle laissait toute latitude à l’imagination.

Je n’ai donc pas inventé ce récit, je me contente de le « re-raconter », tel que je m’en souviens.

Elle était seule chez elle, peu rassurée d’avoir regardé cette émission sur les criminels. Heureusement, la présence de Warrick, son chien à la carrure imposante, la rassurait.

En dépit de son stress, il lui fallait pourtant bien aller dormir : demain, une autre journée de travail l’attendait. Elle s’assura pour la centième fois d’avoir fermé les volets, les portes, tout en se disant que si un dingue était dans la maison, il serait enfermé avec elle. Heureusement Warrick était là pour l’avertir de toute présence étrangère.

Un étrange grésillement se fit entendre, comme souvent lorsqu’il y avait de la tempête. La lumière, les cadrans digitaux du four, de la cafetière clignotèrent. Et merde ! Une panne générale de secteur. Elle n’avait plus qu’à aller se coucher, sans même pouvoir laisser une lampe allumée.

Dans son lit, le stress étreignait sa poitrine et l’empêchait de dormir. Pour se rassurer, elle tendit la main vers Warrick, qui dormait sous son lit. Sa langue râpeuse la rassura immédiatement. Réconfortée par ce contact amical, elle se sentit agacée lorsqu’un bruit de fuite d’eau se fit entendre dans la salle de bain. Bien qu’ayant tenté de l’ignorer, elle se dit qu’elle ne pourrait jamais s’endormir avec ce « floc-floc » incessant. L’idée de se lever dans le noir l’angoissait et elle tendit à nouveau la main vers le chien, qui répondit aussitôt à son inquiétude par quelques coups de langue.

En dépit de ses efforts pour sombrer dans le sommeil, elle n’entendait plus que cela : le bruit de gouttes. Obsédant et intenable. Exaspérée, elle se leva pour le faire cesser. Alleluia ! L’électricité était revenue. Ragaillardie par cette bonne nouvelle, elle alluma la lampe du couloir, ouvrit la porte de la salle de bain d’où provenait le bruit de gouttes et resta figée par l’horreur… Warrick était pendu au pommeau de la douche. De son cou égorgé, des gouttes de sang tombaient dans la baignoire : floc, floc, floc…

Sa gorge se contracta sur un hurlement qui jamais ne sortit. Les poils de ses bras hérissés, elle sentait son cœur taper à exploser. Sortir, s’enfuir… Telle un automate, elle tourna le dos à l’horrible spectacle et pu lire en lettres de sang, sur le mur : « Je crois que je lèche aussi bien que Warrick… »

Laisser un commentaire :